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samedi 28 avril 2007, 10h56
TALLINN (AFP) - Une deuxième nuit de violences, les plus graves depuis le retour de l'Estonie à l'indépendence en 1991, a fait 74 blessés lors des affrontements samedi entre la police et les opposants au déplacement d'un monument soviétique à Tallinn. Quelque 600 manifestants ont été interpellés à Tallinn mais aussi dans la ville de Johvi, à 165 km au nord-est de la capitale, habitée par une forte minorité russophone, ce qui fait craindre une extension du conflit sur d'autres régions de ce pays balte de 1,34 million d'habitants.
La veille, les affrontements avec la police ont fait un mort, 34 blessés et quelques 300 personnes interpellées parmi ceux qui ont manifesté contre le déplacement d'une statue d'un soldat de l'Armée rouge. Moscou considère ce monument comme un mémorial à ceux qui ont vaincu le fascisme durant la guerre, alors que beaucoup d'Estoniens y voient un rappel douloureux de presque 50 années d'occupation soviétique. Ce monument - une imposante statue en bronze d'un soldat de l'Armée rouge qui se dressait au coeur de Tallinn - a été démonté et tranféré vers un lieu tenu secret. A Tallinn, des groupes de jeunes, principalement russophones, ont cassé des vitres de l'Académie des Arts, pénétré dans le bâtiment du Théâtre national et pillé des magasins d'alcool, selon la police. Le monument de l'écrivain estonien Anton Hansen Tammsaare, situé dans un parc du centre de Tallinn, a été couvert d'inscriptions en alphabet cyrillique ce qui a provoqué à son tour la colère de jeunes Estoniens. A Johvi, des centaines de manifestants ont cassé des vitres et des voitures. Ils ont incendié la statue du général Aleksander Tonisson, qui avait conduit en 1918 des unités estoniennes contre les troupes russes, avant de devenir maire de Tallinn puis finalement d'être exécuté par les soviétiques en 1940. La police a utilisé des canons à eau et des matraques pour disperser les manifestants. Elle a tenté d'isoler des groupes particulièrement agressifs et de les refouler du centre de Tallinn. Des affrontements avec la police ont eu lieu dans une rue menant vers le siège du parlement où une soixantaine de jeunes ont traité le Premier ministre estonien de "fasciste" et l'ont appelé à démissionner. Samedi matin, le ministère russe des Affaires étrangères a annoncé qu'il allait modifier "sérieusement" sa politique à l'égard de l'Estonie. "La partie estonienne est la seule responsable" de la détérioration des relations entre la Russie et l'Estonie, a déclaré le porte-parole de la diplomatie russe, Mikhaïl Kamynine. Selon lui "les événements de Tallinn nécessitent une appréciation rapide, ferme, objective et dépolitisée des institutions européennes et euro-atlantiques" que l'Estonie avait rejointe en 2004. Vendredi, le président du Conseil russe de la fédération (le Sénat), Sergueï Mironov, a demandé la rupture des relations diplomatiques avec l'ancienne république soviétique. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a appelé vendredi l'Estonie et la Russie à régler leur contentieux dans "un esprit de respect et de conciliation". Le président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, René van der Linden, a "regretté" la décision de déplacer le monument. Ancienne république soviétique, l'Estonie est redevenue indépendante de Moscou en 1991. Le pays accueille toujours une importante minorité russophone qui s'y est installée pendant la période communiste. Alors qu'une partie de cette minorité a été naturalisée, environ 160.000, soit 12% de la population n'ont toujours aucune citoyenneté. Depuis 1991, Moscou n'a cessé d'accuser l'Estonie de violer les droits de la minorité russe.
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